
Il entrouvrit la fenêtre de sa chambre avec appréhension. Et voilà… C’était encore plus crade que d’habitude. Des mégots répandus partout, trempés par l’orage du matin, collés sur le pavé comme des mouches. Il en ramassa un, la mine dégoûtée – les fumeurs étaient des drogués, des irresponsables – examina la torsion du filtre et l’étrange logo à demi calciné : Utopia… Non, décidément, il n’avait jamais entendu parler de cette marque. Un truc étranger, sans doute…
« Toi, t’es vraiment un porc, putain ! », maugréa-t-il en direction des volets désespérément clos du rez-de-chaussée du bâtiment B, avec qui il partageait la courette. Ce ne pouvait être que LUI : le gros des immondices se trouvait dans le périmètre immédiat de SON embrasure et quelques coulées noirâtres maculaient les panneaux de bois peint, autour des étroites « meurtrières » en forme de coeur. Le salaud devait balancer ses merdes à travers, ni vu ni connu, d’une pichenette. « Mais comment peut-on fumer autant ? », s’indigna-t-il en enfilant un pantalon. Cette fois, il en avait assez. Cela faisait des mois qu’il ramassait ces saloperies de mégots, qu’il en remplissait des pleins sacs poubelle.
Il sortit dans la cour, toqua trois coups de semonce… et puis tambourina, du poing, du coude et du pied. « Aaaah !! Bon sang ! Keski s'passe encore ?! », explosa la vigie du deuxième, bâtiment A, de son côté. « C’est rien, M’sieur Levesque, encore ces foutues clopes, j’vais écrire au syndic, ça peut plus durer ! », s’excusa-t-il d’une voix geignarde. Allez casse-toi vieux con, va retrouver mémére, c’est l’heure du Juste prix ou de tes mots croisés...
Il tendit l’œil à travers un coeur. Mmmmouais… Y’avait des rideaux de gaze et la pièce était sombre, on distinguait vaguement une armoire, un lit… Mais bon, c’était décidé, il irait frapper de nouveau ce soir à la porte de cet empaffé. Aux alentours de neuf heures du soir, il devrait être là : d’ordinaire, à cette heure-là, on voyait de la lumière filtrer sous le volet.
C’était quand même bizarre… Il habitait ici depuis… oui... presque deux ans déjà… et il n’avait jamais vu cet abruti. Tous les autres, il les connaissait, ceux du A comme du B, proprios, locataires, squatteurs, célibataires, couples, familles, retraités… Une belle collection de tarés… Dans un vieil immeuble comme celui-ci, bourré de vis-à-vis et de cloisons fragiles, tout se savait très vite, surtout en cette période estivale où chacun faisait son guignol au balcon, où plus rien, vraiment, n’était privé : le score du club de foot, les disputes conjugales, le gigot du dimanche, les coïts routiniers…
Mais en ce qui concerne le résident du lot n°13 (19 millièmes de la copropriété, d’après le cadastre jauni du syndic), mystère et boule de gommes, personne ne « connaissait ».
Personnellement, il pressentait un homme, un brun patibulaire, hirsute et débraillé. « Un ‘pas d’chez nous’, jeune homme », confirmait le vieux Levesque, « un rustre balkanique, roumain ou albanais... » Mais d’autres versions existaient. « Un beau blond, peau de lait, accent américain, allure sportive », gloussait le jeune Enzio d’un air gourmand. « Un jeune couple charmaaaant, discret, simple, catholique », certifiait Mme Bernier, veuve de pianiste. « Une fille un peu vulgaire, genre ‘poule’, t’vois ce qu’on veut dire ? », balançaient Nénette et Simone, « rangées » depuis peu.
« Toi, t’es vraiment un porc, putain ! », maugréa-t-il en direction des volets désespérément clos du rez-de-chaussée du bâtiment B, avec qui il partageait la courette. Ce ne pouvait être que LUI : le gros des immondices se trouvait dans le périmètre immédiat de SON embrasure et quelques coulées noirâtres maculaient les panneaux de bois peint, autour des étroites « meurtrières » en forme de coeur. Le salaud devait balancer ses merdes à travers, ni vu ni connu, d’une pichenette. « Mais comment peut-on fumer autant ? », s’indigna-t-il en enfilant un pantalon. Cette fois, il en avait assez. Cela faisait des mois qu’il ramassait ces saloperies de mégots, qu’il en remplissait des pleins sacs poubelle.
Il sortit dans la cour, toqua trois coups de semonce… et puis tambourina, du poing, du coude et du pied. « Aaaah !! Bon sang ! Keski s'passe encore ?! », explosa la vigie du deuxième, bâtiment A, de son côté. « C’est rien, M’sieur Levesque, encore ces foutues clopes, j’vais écrire au syndic, ça peut plus durer ! », s’excusa-t-il d’une voix geignarde. Allez casse-toi vieux con, va retrouver mémére, c’est l’heure du Juste prix ou de tes mots croisés...
Il tendit l’œil à travers un coeur. Mmmmouais… Y’avait des rideaux de gaze et la pièce était sombre, on distinguait vaguement une armoire, un lit… Mais bon, c’était décidé, il irait frapper de nouveau ce soir à la porte de cet empaffé. Aux alentours de neuf heures du soir, il devrait être là : d’ordinaire, à cette heure-là, on voyait de la lumière filtrer sous le volet.
C’était quand même bizarre… Il habitait ici depuis… oui... presque deux ans déjà… et il n’avait jamais vu cet abruti. Tous les autres, il les connaissait, ceux du A comme du B, proprios, locataires, squatteurs, célibataires, couples, familles, retraités… Une belle collection de tarés… Dans un vieil immeuble comme celui-ci, bourré de vis-à-vis et de cloisons fragiles, tout se savait très vite, surtout en cette période estivale où chacun faisait son guignol au balcon, où plus rien, vraiment, n’était privé : le score du club de foot, les disputes conjugales, le gigot du dimanche, les coïts routiniers…
Mais en ce qui concerne le résident du lot n°13 (19 millièmes de la copropriété, d’après le cadastre jauni du syndic), mystère et boule de gommes, personne ne « connaissait ».
Personnellement, il pressentait un homme, un brun patibulaire, hirsute et débraillé. « Un ‘pas d’chez nous’, jeune homme », confirmait le vieux Levesque, « un rustre balkanique, roumain ou albanais... » Mais d’autres versions existaient. « Un beau blond, peau de lait, accent américain, allure sportive », gloussait le jeune Enzio d’un air gourmand. « Un jeune couple charmaaaant, discret, simple, catholique », certifiait Mme Bernier, veuve de pianiste. « Une fille un peu vulgaire, genre ‘poule’, t’vois ce qu’on veut dire ? », balançaient Nénette et Simone, « rangées » depuis peu.

1 commentaire:
mmmm...voyons la suite...:-)
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