mercredi 6 décembre 2006

Flibustiers de la rame (14)

Ligne 7 (Censier Daubenton – Les Gobelins)


Je… J’le connais, çui-là…

Oui… J’l’ai déjà vu…

À Lyon… ou à Marseille…


On n’oublie pas une gueule comme ça : ravinée, ravagée… on dirait Keith Richards avec la coupe de cheveux d’un moine russe (ou des jeunes branchées la saison dernière).

On n’oublie pas cette carcasse voûtée…

Et ce saxo… oxydé, cabossé, rafistolé avec du scotch…



Ca y est, il attaque! Les veines de son cou jaillissent, lui font une collerette violacée.


Il joue à bloc, dès le début… oui… oui, je me souviens…

Trop vite, toujours…

Trop fort…

Systématiquement à côté… Comment fait-il... pour éviter à la fois le dièse, le bémol, le bécarre ? Ses sons flottent dans une dimension inexplorée, interdite à l’oreille humaine…

D’ailleurs, il le sait. Ça se voit. C’est son drame.

Il nous jette des regards furibards en soulevant sa trompe d’or…


BÉOOOOOOOTIENS !

barrit-il,

PAUVRES CAAAAAAVES !
VOUS N’Y CONNAISSEZ RIEEEEEEEEN…
AU FREEEEEEE-JAAAAAZZ…




Il sort sans demander son reste et nous englobe dans son bras d’honneur.

Aucun commentaire: