Je suis là, je le sens.Je frétille sous la surface.
Je me cogne contre ma peau. Je pousse. Je griffe. Je ronge. Je tords.
Un jour, je finirais par percer. Oui, un jour, je sortirai de moi-même. Moi, au meilleur de moi, sans les scories autour.
Car je suis bien mieux que ça, je le sais...
Là-dessous. A l’intérieur.
D’abord, je suis beaucoup plus joli(e). Beaucoup plus beau(belle). Je veux dire, j’ai toujours la même bouche, le même nez, les mêmes yeux… Le même cul, les mêmes hanches... C’est juste que je suis … tellement plus… tellement mieux… Mon corps ne m’embarrasse plus... On est amis, nous deux… Il est fort, endurant, flexible… Il ne me donne que du bonheur…
Je suis bien plus tranquille, aussi. Presque serein(e). Plus trace de ces tempêtes qui viennent me dévaster… Plus de typhons, de raz-de-marée… tout juste un clapotis, quelques vagues à l’âme… Mes humeurs sont bien réglées, en courbes douces, régulières… Je suis un sismographe apaisé : calme plat sur l’échelle de Richter.
J’ai enfin trouvé l’appétit… L’appétit… du monde… et des autres… Je capte leur chaleur, leurs goûts… leurs couleurs… Je les mélange aux miens… et je redistribue… A foison, à tous vents, je donne… Je brille… Je brûle… Je réchauffe… J’irradie… Je suis un soleil ordinaire.
Je suis en harmonie. Je ne suis plus… si seul(e). J’appartiens… Je fais partie… De quelque chose de grand… de vieux… Un mystère… Un mystère né à l’infini qui fait petits trois tours et s’y reperd…
Je suis démesuré(e). Tout(e) petit(e). Infiniment stupide. Et sage.
Voilà.
Voilà comme je suis.
Là-dessous.
A l’intérieur.

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