mardi 10 juillet 2007
Imrimé sur le boubou de ma voisine de train
achera à sa femme et les deux
iendront une seul chair. GEN. : 2-24
OMME DONC NE SE SEPARE PAS
DE CE QUE DIEU A UNI. MATTH :19-6.
Mariage soit honoré de tou
t conjugal exempt de souill. HEB : 13-4.
lundi 7 mai 2007
Bout de piste

J’lui ai fait son premier contrôle, il avait quoi - onze ans ? – embryon d’racaille avec une bouille d’enfant, déjà il crachait par terre à notre arrivée… J’me rappelle, on l’avait soigné, on l’avait traité comme un grand – allez ! jambes écartées ! tête sur l’capot d’la bagnole ! Lui l’avait pas moufté… « Çui-là », j’m’étais dit avec genre du respect, « cui-là, je me le garde… ». Ensuite, on s’est plus quitté pendant quelques belles années : j’l’ai vu grandir sous mon nez, s’mettre à cloper, à la 8/6 et au tarpé, traficoter, sécher l’école, s’emmerder comme un rat, traîner là où il fallait pas : dans sa cage d’escalier, au pied de sa cité, dans le bus, sur les terrains vagues… J’l’ai pris sous mon bras, j’lui ai appris deux-trois trucs d’close-combat, j’lui ai moi-même passé au poignet le jour de sa majorité ma plus belle paire de pinces… Venait de piquer un scooter, fallait fêter ça, on l’a emmené au commissariat, on l’a foutu à poil devant deux bleus du Haut Jura qu’avaient jamais vu d’bite d’Arabe ! Là y m’a déçu, y s’est vexé, l’a tout cafté. Une couille de bœuf carotte est venue faire son cinéma, a chié un rapport bourré d’éthique ceci d’éthique cela… Nous on a fait remonter son casier, l’était pas du genre à aller au caté, le rapport s’est égaré… On lui a rendu visite, après, sa mère a sorti le thé, nous – bande d’empotés ! –, on a cassé le sucrier et la table en verre… L’a fini par piger, y s’est excusé. Sans rancune, j’lui ai emprunté quelques vieux CD de rap oubliés par son père. Qu’est-ce vous croyez ? Moi aussi dans l’temps j’ai kiffé Snoop Dog et KRS-One ! WooP-woop ! That's the sound of da police ! WooP-woop ! That's the sound of the beast !
dimanche 4 mars 2007
En sortant de la maison d’Anne Frank
Je m’acharne sur mon briquet. Il y a du vent.
J’attends Juliet, qui traîne aux toilettes, j’observe les gens qui sortent : certains murmurent, beaucoup se taisent, tout le monde rajuste quelque chose : une fermeture éclair, une pensée, un bonnet, un gant…
Une petite fille s’élance au dehors, son rire résonne. Sa mère accourt, gronde dans une langue inconnue. La fillette commence à pleurer : elle ne comprend pas... Son père pose un doigt sur sa bouche – sssshhhhhht… – l’emmène.
Je me frotte les cuisses, je souffle sur mes doigts.
Un grand type vient poser son sac, à côté, sur un banc. Il consulte son Guide du Routard, exhorte sa compagne : s’ils se dépêchent, ils peuvent « embrayer » sur l’expo Rembrandt !
Quelques-uns commencent à partir sur la droite, dans la petite rue Keizergracht où agonise le marronnier qu’Anne aimait observer, à travers les rideaux presque toujours fermés, depuis le grenier au-dessus de « l’Annexe ».
La plupart des autres suivent le vent, descendent Prinsengracht, traversent le Westermarkt, s’éparpillent au-delà, des deux côtés du pont, vers les rues commerçantes, les boutiques, les cafés qui vendent du café, les cafés qui vendent de l’herbe, les vitrines qui vendent des femmes, les restaurants…
Juliet me rejoint, sourit, agite un sac en papier, elle est passée à la boutique du musée chercher un « souvenir » : elle me montre le Journal en anglais - qu’elle a lu comme tout le monde, il y a longtemps, à l'école… Nous regardons la photo sur la couverture, en noir et blanc : elle est assise à son bureau, sa main droite tient un stylo, elle a un nœud dans les cheveux, son visage est tourné vers nous, lumineux, ses yeux rêvent au-delà… 1939…
Le vent nous pique le visage. Nous décidons pourtant de l’affronter pour aller faire un tour au marché du Jordan. Main dans la main, nous remontons Prinsengracht ; nous débordons du trottoir trop mince sur le quai ; nous sursautons, effrayés par les vélos qui carillonnent, par les voix gutturales qui nous exhortent à nous ranger.
« En fait », dit Juliet, « il n’y a presque rien à voir dans ce musée : les chambres de l’Annexe ont toutes été refaites, les meubles sont des copies… les tables, les chaises, les couvertures, les lits… même, à l’entrée, la fameuse fausse bibliothèque…» Je ne réponds pas, je regarde derrière moi, terrifié par ces foutues sonnettes… Juliet continue : « Les seules choses d’origine, finalement, les seules choses qui ont traversé le temps, on ne sait pas trop comment, ce sont les images qu’elle découpait dans les journaux et qu’elle collait au mur… Des photos de Greta Garbo, de Gary Cooper, de la reine d’Angleterre, de starlettes de l’époque dont tout le monde a aujourd'hui oublié le nom… Tu ne trouves pas ça bizarre ? »
« Si si », je fais en regagnant le trottoir – mon estomac gargouille, je rêve d'épices et de gras, ici la nourriture est tellement fade et saine – « mais… dis-moi, qu'est-ce qui se passe, là ?» Nous nous approchons.
Un petit groupe nous bloque le passage, s'agglutine devant une porte... « Prinsengracht 263 », me souffle Juliet en désignant au-dessus de la porte une plaque de cuivre bien astiquée, « l’ancienne entrée de la maison, aujourd'hui condamnée… c’est par là que sont montés les policiers hollandais et l'officier SS… »
Je détaille le groupe, devant nous, je reconnais la fillette qui pleurnichait tout à l’heure : elle trépigne, maintenant, elle secoue la tête, elle tente de s’accrocher au guidon d’un vélo arrimé à un panneau ; mais sa mère ne veut rien savoir, elle la pousse fermement vers la porte, nous prie d’un hochement de menton de bien vouloir patienter…
Le père tient un appareil photo de marque nippone : il recule sur le quai, ignore l'indignation des sonnettes, regarde dans son viseur… crie quelque chose… lève la main... la mère déporte doucement l’enfant vers la droite, au centre de la porte, lisse une mèche, essuie ses yeux...
Le père plisse le front, baisse la main.
La mère s’écarte.
Nous fixons tous le visage de la fillette.
A quoi peut-elle penser, à cet instant ?
Je pense qu’il y a du vent, beaucoup de vent, je pense que j’aimerais bien qu’ils se dépêchent, papa-maman… Je pense que c’est vraiment injuste d’être un enfant… Je pense que j’aurais préféré rester à l'hôtel devant la télé plutôt que d’aller dans ce foutu musée, poser pour une foutue photo…
Pourtant, elle sent bien qu’à cet instant elle ne doit pas bouger, que – va savoir pourquoi – cette photo est spéciale pour papa-maman, sinon ils ne tireraient pas cette tête-là, cette tête que font les parents quand les enfants traversent la rue sans regarder, quand ils s'aventurent loin dans l'eau, quand ils rentrent en retard...
Alors elle ne bouge pas. Elle leur offre même un sourire.
Clic ! Le père déclenche, vérifie aussitôt le résultat sur son écran.
La mère approche, regarde par dessus son épaule ; les deux s'égayent, tout à coup, leurs visages, leurs yeux, leurs bouches se détendent, comme s’ils étaient soulagés d’un poids immense, comme si l’appareil photo venait d’aspirer une ombre menaçante, un mauvais génie.
La fillette éclate de rire, fait claquer ses semelles sur le trottoir comme pour se réveiller, court les rejoindre ; les parents l’attrapent, la couvrent de baisers, nous font d'amicaux signes de tête : oui, bien sûr, vous pouvez y aller, maintenant...
Autour d’eux, les vélos carillonnent.
Derrière nous, un autre petit groupe s’avance ; un autre couple, un autre appareil photo japonais, un autre enfant, un petit garçon cette fois, que son père prend par la main vient positionner au centre du cadre au centre de la porte sous la plaque de cuivre Prinsengracht 263.
lundi 26 février 2007
Neige
Je suis assis, j'ai tout mon temps pour une fois, je suis presque de bonne humeur : j'écoute ma mère à l’autre bout du fil me raconter les adorables sottises de ses petits-enfants (les enfants de ma sœur), ses parties de bridge, les concerts à l’auditorium où elle réussit encore à traîner mon père…
Puis vient le temps des questions. Tout va bien. Je suis calme. Le ton tendre mais toujours un peu angoissé de ma mère ne parvient pas à m’irriter, je conserve un ton détaché, je parle presque avec plaisir de mon métier, je lui expose nos menus projets : refaire le parquet, repeindre la salle à manger, aller au ski, peut-être, le prochain week-end…
Là, je fais une pause, je suspends le temps, l’espace de trois secondes ; mais elle prononce le premier mot et aussitôt dans ma tête j'enchaîne, sur le même ton légèrement plaintif :
« Mais… tu sais… on m’a dit… là-bas… il n’y a pas de neige… »
VVVVVVVVVVVVVVVpas de neige, tu sais
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlà-bas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas de neige
Ma mâchoire se crispe d'un coup, je saisis un crayon sur la table basse, commence à le faire tourner sur le bout de mes doigts. Je sens dans mes oreilles une pression, un silence douloureux comme si je mettais ma tête sous l’eau… non, comme si j'étais dans une boîte, une boule, une de ces stupides boules de plastique et de verre à l’intérieur desquelles on trouve d’habitude un chalet de montagne, une pyramide, la Tour Eiffel, le Colisée… qu’importe, juste une de ces boules qu’on renverse et dans lesquelles se mettent à flotter, dans un terrible silence ouaté, des flocons, des flocons de neige, des petites certitudes cotonneuses, des rappels à l’ordre empesés : allons, ne rêve pas, reviens à la réalité…
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVV
VVVVVVneige
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVtu sais
VVVVVVVVVVVVVlà-bas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas de VVVVV
VVVVVVVVVVneige
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas de
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVneige
Et l’intérieur de la boule se remplit, se nimbe, s’enrobe, se fait peu à peu recouvrir par ces flocons gris, ces paillettes ternies, ces petites cendres froides…
Les flocons ensevelissent tout calfeutrent tout – l’attente, le désir, le plaisir, l’espoir - car enfin tout cela est bien beau mais attention mon fils souviens-toi je t’aurai prévenu tout cela peut mener on ne sait jamais mais c’est probable à une amère désillusion… à un désenchantement qui fait mal…
Si on n’espère pas trop, on n’est jamais déçu…
Prévoir – le pire – toujours prévoir…
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas
VVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVneige
VVVVVVVVVVVtu sais
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlàVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVbas VVVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVei
VVVVneige
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVtu sais
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlà-bas
VVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVneVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVneige
Les flocons s'épaississent, prennent du volume, de l'envergure, « flottent » presque, tombent avec une lenteur irréelle qui fige mon paysage intérieur. Quand il neige, comme ça, c’est magique : on n’entend plus, on ne pense à rien.
VVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVdeVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVnei
VVVVVVVVVgeVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlà-VVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVeiVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVbas
VVVVn
VVVVVVVVVVVVVVVVtu VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVsVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVais
VVVVVVgVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVpa
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVne
VVVgVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVge VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVbas
VVVVVVVVVVlàVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
asVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVi
VVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVgeVVVVVVVVVVVde
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlàVVVVVVVVVVVVVVVVn
VVdVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVas
VVVVVVVVVVVVVei
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVg
VVVVVVVVVVVVVVVas VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVig
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVd
VVVVVnei
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVpa
VVVVVVVVVVVVVVg
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVlà
VVVVb
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVge
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVnei
VVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVàVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVp
VVVVVn VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVas
VVVVVVVVgVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVVVVV VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVig
VVVVge VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVs
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVb
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVlà
VVVVVVV
VVVVVVdeVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVnei
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVei
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVg
as VVVVVVpas
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVnei
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVg
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVge
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVde
VVVlà
VVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVbas
VVVVVVVVVVVVVV
VVVVVVVVVVVVVVn
Et puis, au bout d'un moment, je perçois à nouveau un grésillement contre mon oreille : elle me demande si tout va bien.
Je respire profondément. Les flocons recouvrent tout dans ma tête.
Je la secoue.
Et je reprends.
vendredi 16 février 2007
Yin Yang Love (in progress)
Yang
Elle
Il
Blanc
Noire
Pastel
Indélébile
♂
♀
Féminin
Virile
Ronde
Isocèle
Face
Profil
Droitier
Gauchère
Gauche
Habile
Souple
Noueux
Sec
Fertile
Indolente
Nerveux
Rêveur
Utile
Versatile
Fidèle
Concentrée
Volatil
Archipel
Montagne
Fjord
Presque île
Méridien
Parallèle
Norvège
Brésil
Poisson
Coquillage
Gymnote
Nautile
Mammifère
Ovipare
Gazelle
Reptile
Sel
Poivre
Miel
Huile
Cannelle
Rhubarbe
Gingembre
Persil
Tactile
Visuel
Manuelle
Dactyle
Paumes
Stylo
Voyelles
Argile
Ancien
Avisée
Juvénile
Sourire
Cerne
Aurore
Crépuscule
lundi 5 février 2007
Les grenouilles

La première, elle l’avait trouvée dans le caniveau, en allant au boulot.
Elle l’avait nettoyée, séchée, accueillie « chez elle », dans l’intimité du bureau climatisé (au 4e, 8 m2, moquette bleu grisé, vue sur le stade de France…) qu’elle avait aménagé à son goût : murs constellés de masques africains, de posters d'un jeune dieu hollywoodien aux larges mâchoires, de dessins d’enfants (niveau CP), d’une affiche d'une main brandissant un préservatif avec en dessous en corps 70 : NO CAPOTE ? NO WAY !!
Elle l’avait tournée, retournée.
Elle lui avait tâté le ventre, mou, sur lequel était apposé Made in Vietnam.
Elle l’avait posée au bout de son « extension conviviale », à l’orée de la jungle de papiers (en feuilles, en boules, froissés), de stylos mâchonnés, de bols jaunis par le thé, entre un livre de Joël de Rosnay et un pot de yaourt light…
Elle l’avait admirée. C’était un spécimen remarquable : rouge, moucheté de vert et de bleu pâle… « Franchement, ils ont de l’imagination, ces Vietnamiens », avait-elle d’abord pensé, avant de découvrir sur Internet que le modèle vivant existait.
Epipedobates tricolor. Origine : Équateur. Espèce assez répandue chez les éleveurs. Dans la nature, le mâle attend la naissance des têtards, puis les porte sur son dos jusqu'à une petite flaque d'eau, généralement peu profonde. C'est un des animal des plus prolifiques : 10 à 30 oeufs, parfois tous les 10 jours. Particularité : les têtards ne sont pas cannibales, et on peut très bien les élever en groupe, dans un petit aquarium.
Mmmmh… Intéressant… Elle cueillit à nouveau la petite figurine, la fit bondir jusqu’à son clavier, la fit coasser, tenta de la percher sur l’arête de son écran plat, de l’immerger dans un pot de trombones…
Mmmmh… Elle avait peut-être une idée…
Elle rentra tard, le soir, dans son appartement de l’avenue Parmentier. Elle engloutit devant la télé une barquette de bœuf au saté, des chips allégées, du tarama, une demi-pomme. Avant d'aller dormir elle se fit vomir puis lut dans Sciences & Avenir un article passionnant sur Axel Kahn.
………………………………………………………
Le lendemain, elle ramena au bureau son appareil photo, un zoom macro, un téléobjectif. Ici, au 4e, personne ne fut vraiment surpris de la voir débouler avec tout cet attirail. On l’avait déjà vu ramener une tenue de plongée, une mangouste empaillée, un mannequin d’« écorché » en résine exhibant sereinement ses intestins corail… Alors, un appareil photo ! Bien sûr, tout cela n’avait pas grand-chose à voir avec son travail… Mais, ici au 4e, tout le monde savait bien que son boulot l’ennuyait… Et puis, tant qu’il était fait, tant que le reste restait discret, tout le monde lui pardonnait car au fond ici tout le monde s’ennuyait… un peu, pas mal…
Tout le monde était curieux, cependant. Qu’allait-elle donc encore inventer ? Allait-on autant s’amuser que lors de son dernier projet, quand elle avait tenté de mouler le pied de tous les hommes de l’étage ? Mais elle refusa de répondre, s’enferma à clé, déjeuna d’une pomme et de gâteau marbré ; resta tard, le soir, bien après le départ des femmes de ménage Soninkés, jusqu’à la première ronde du vigile et de son vieux doberman.
Quand elle rentra, avenue Parmentier, il était minuit passé. Elle se bourra de pain beurré. Ecouta à la radio avant de vomir une interview lumineuse d’Albert Jacquard.
………………………………………………………
Mmmmh… Intéressant… fit-elle, deux heures après, en découvrant les images… Elle était pourtant un peu dépitée. Oui… L’idée y était… mais cela manquait encore d’envergure… Il aurait fallu… il faudrait… Oui… là-bas, elle devrait pouvoir en trouver… Elle avait juste le temps d’y passer…
Elle enfourcha son vélo, attacha son casque profilé en forme de gamète. Avec ses bonnes joues, son manteau bariolé, son écharpe démesurée, elle avait l’air presque joyeux, sur sa bicyclette. Mais quand elle s’arrêtait aux feux, on voyait bien qu’elle ne souriait pas, que son visage de poupée semblait glisser, s’affaisser, malgré les efforts de ses yeux délavés pour tenter de le retenir.
Elle arriva sur les Grands Boulevards, ligota son vélo au pied d’un platane, entra dans une échoppe violemment éclairée qui – c’était marqué sur la porte – vendait de tout, pas cher. Elle finit par trouver ce qu’elle cherchait, entre les nappes ignifugées et les lots de petites culottes couleur chair.
Quel bonheur ! Il y en avait de toutes les couleurs ! Vertes, rouges, jaunes, orangées… Bien sûr, les postures et les tailles n’étaient pas très variées, mais pour l’instant, ça irait… Elle paya. Pour 4 euros, elle en eut tout un sac.
En rentrant, elle était assez excitée, elle en oublia presque de manger, elle s’abîma sur la Toile pour y apprendre que
Les grenouilles possèdent un épiderme peu kératinisé, ce qui les contraint à vivre dans des milieux humides. Leur peau est aussi peu performante pour garder la chaleur, les grenouilles sont ectothermes.
et que
Les grenouilles peuvent parfois être vénéneuses. Leur peau possède des glandes séreuses qui ont du venin qui peut bloquer les canaux ioniques. Par exemple, les grenouilles de la famille des Dendrobatidae sécrètent sur leur peau la batrachotoxine, qui figure parmi les composés connus les plus toxiques pour les mammifères. Ce poison est utilisé par certaines peuplades pour empoisonner les projectiles des sarbacanes (ce qui explique le nom anglais de ces grenouilles « poison dart frogs »). Les chamans de certaines populations utilisent ou ont utilisé ces grenouilles pour entrer en transe ; en leur léchant rapidement le dos, une quantité subléthale de toxique est ingérée pour ses vertus sur les perceptions.
Mmmh, intéressant… Elle alla se coucher. Elle devait garder des forces pour le reste de la semaine.
………………………………………………………
Pendant quelques jours encore elle refusa toute révélation, garda sa porte close.
Et puis jeudi aux alentours de 15 heures tout le monde au 4e reçut le courriel suivant
Date : je 23/01/2007 14:58
Priorité : Haute
Objet : demain - 8h30 - vernissage
Il n’y avait pas d’autre message.
………………………………………………………
Le lendemain, dès 8h20, elle attendait près de la fontaine à eau, elle se rongeait une peau.
En débarquant tout le monde fit : Oh !
Les murs du couloir étaient couverts de photos.
Même chose dans les bureaux.
L’espace « Repro ».
Les toilettes.
Les grenouilles étaient partout ! Les grenouilles grouillaient, c’était fou !, les grenouilles grenouillaient sur toutes sortes de fonds, de décors…
Ici, Epipedobates crânait, juchée sur un extincteur (Maître du Monde, 10x13).
Là, elle se fondait telle un caméléon dans les feuilles d’un yucca en pot brûlé par le soleil (L’apparence induit sa propre duplicité systémique, 10x13).
Plus loin, trois rainettes acidulées levaient suggestivement la cuisse près d’un téléphone (Dreamgirls, 13x17).
En face, c’est toute une armée qui assiégeait une pile de dossiers sur laquelle trônait un crapaud pourpre (Bastille, 13x17).
Quelques ustensiles étaient utilisés : des épingles (Punk, 11x15), du Tipp-Ex® (Albinos, 10x13) une ficelle, un peu de scotch (Bondage, 13x17).
Les toilettes pour handicapés, vastes, entièrement carrelées, permettaient une certaine « contextualisation » (Ondines, 10x13, Typhon, 11x15, Noyade, 13x17).
Mais c’est au fond du couloir, aboutissement logique du circuit, que se trouvaient les pièces les plus marquantes : Transhumance (20x27) embrassait, vu de haut, l’exode poignant du peuple batracien migrant de la machine à café vers l’inconnu d’une terre promise ; quant à L’ombre s’allonge, je m’engloutis dans le songe (15x20), elle« clôturait » l’expo sur la vision mélancolique d’une Ranidae contemplant la Tour Pleyel au crépuscule.
Tout le monde félicita chaleureusement l’artiste, qui s’empourpra, débita un imbitable remerciement émaillé de citations de Boris Cyrulnik et de Konrad Lorenz.
Puis il y eut un silence.
Quelqu’un toussa.
Tout le monde se mit à regarder nerveusement en direction des ascenseurs… Il n’allait plus tarder, là-haut… C'était bientôt l'heure de sa tournée des bureaux… et c’était pas franchement le genre rigolo… Le Directeur général… Elle maugréa, commença à décrocher ses photos. Une lueur dans ses yeux de clown triste disait qu’elle n’en resterait pas là, que ce n’était qu’un début, qu’elle n’avait pas mené le projet à son terme…
………………………………………………………
Elle écuma les supermarchés, les magasins de jouets, les boutiques « Tout à dix balles ». Tout ce qu’elle trouva, dans la taille qu’elle souhaitait, ce furent quelques peluches et une superbe bouée… très bien imitée… un peu « verruqueuse » sur le dos… juste ce qu’il faut…
Elle les « passa » en contrebande, un matin, très tôt. Elle les planqua sous ses affaires de judo, dans son armoire.
Un soir, elle resta tard, comme tous les soirs. Tout le monde lui dit « bonsoir ! », comme tous les soirs, elle répondit « bonsoir ! », sans lever la tête, elle surfait sur Internet, elle apprenait notamment que
La technique d'accouplement des Anoures est l'amplexus. Le mâle monte sur le dos de la femelle et s'accroche à elle avec ses pattes. On distingue 2 grands types d'amplexus : l'amplexus lombaire (les pattes de devant du mâle encerclent la taille de la femelle au niveau des vertèbres lombaires) et l'amplexus axillaire (les pattes du mâles agrippent la femelle sous les aisselles). Ainsi accroché, le mâle peut féconder la femelle : au moment de la ponte, il va émettre du sperme qui coulera sur les œufs, en les fécondant. L'action mécanique des pattes du mâle sur la femelle participe en outre à l'expulsion des œufs. Selon les espèces, l'amplexus peut durer de quelques minutes à quelques jours.
Mmmmh… Intéressant…
Elle se leva, fit le gros dos, alla au fond du couloir chercher un chariot, échangea sur le chemin de retour quelques mots de soninké avec une femme de ménage.
Elle rangea un peu son bureau, feuilleta un livre de Marcel Rufo, attendit que 22 :00 s’affiche au bas de son écran. L’homme au doberman ne passait que dans une heure. C’était le moment.
Elle exhuma les peluches, les empila sur son chariot, replia ici et là une longue cuisse chlorophylle, balança par-dessus son matériel photo ainsi que la bouée, pas encore gonflée.
Elle pilota le tout vers les ascenseurs, en fredonnant.
Il pleut, il mouille / C’est la fête à la grenouille
Elle appuya sur un bouton menant à l’étage supérieur.
Il pleut, il fait beau temps / C’est la fête du serpent
…………………………………………………
Pourquoi ?
Pourquoi ne rentrait-il pas directement à la maison, après sa réunion au ministère, il était pourtant à deux doigts de chez lui… Mais non… il fallait toujours qu’il fasse du zèle… Sa femme avait raison : il était trop con, de toutes façons il l’aurait dans le baba, ils ne le renouvelleraient pas, il le savait bien, pourtant, c’était politique…
Enfin… Il soupira. Il glissa dans son lecteur un CD de Barbara. Il trouvait que sa voix allait bien avec le cuir des sièges de sa berline.
…………………………………………………
Il la prit, comme on dit, en flagrant délit.
Elle tenta à peine de s’expliquer. Que dire ?
Les peluches dans la salle du conseil d'administration ? Elles sont alignées… Oui… On pourrait dire : en file… De là à y voir quelque chose de cochon… Non, vraiment, aucune allusion… Elle ne comprenait pas. De quoi parlait-il ?
Il soupira. Elle ne lui rendait pas la tâche facile. Il se résigna à hausser la voix : et ça, là, dans son bureau, c’était assez clair pourtant, elle se foutait de sa gueule !!!
Elle regarda la pointe de ses souliers. Il se radoucit : c’est bien imité, remarquez…
Il s’approcha de son fauteuil, caressa les étranges nodosités du dos, tapota les yeux globuleux qui le fixaient comme si c’était sur le point de le gober comme un insecte.
« Vous êtes sûr que ça flotte, ce truc ? »
Il se pencha, enlaça maladroitement la bouée, trouva l’arrivée d’air.
Il ôta le capuchon.
Ça se dégonfla lentement, dans un bruit obscène.
« Vous comprendrez… », il lui tendit mollement la galette molle – derrière lui, sur la baie vitrée, le logo d’un fabricant de téléphones clignotait, « je dois… je ne peux pas me permettre… Nous essaierons de faire en sorte que vous ne soyez pas trop… »
Elle ne l’écoutait pas. Ses yeux ne retenaient plus rien, son visage glissait, elle mit une main devant pour le rattraper, emporta de l’autre sa grenouille vide.
Un peu plus tard, dans le métro, un homme s’esclaffa en les voyant attendre toutes les deux sur le quai.
…………………………………………………
Au 4e, tout le monde fut très attristé. Elle allait leur manquer. Qui viendrait dorénavant les divertir ?
vendredi 26 janvier 2007
1 440 visages par minute
J’étais… j’allais devenir médecin.
J’étais fille, épouse, presque mère.
Je suis analyste financier (junior).
Je n'étais rien.
là je marche dans la rue il fait nuit il fait déjà nuit je suis ébloui(e) par les feux les phares les néons les vitrines les visages qui viennent à ma rencontre à flux continu le fleuve des
J’ai laissé mes amis, là-bas.
J’ai laissé mes parents, là-bas.
J’ai laissé mes trois fils.
Mes camarades.
Des crève-la-faim.
visages qui glissent sur ma rétine sans jamais s’y imprimer pourtant c’est comme si c’était sans cesse le même visage qui passait en boucle comme dans un film 24 visages par seconde mille mille quatre cents quarante visages par minute 1440 visages
Je me souviens du lever de soleil sur l’Hudson, de nos balades à Coney Island, de ses cheveux sur l’oreiller, de son parfum…
Je me souviens des ruelles du port, du rire de chacun de mes petits.
Je me souviens du premier jour de récolte des dattes, des bains entre femmes, de l’appel du muezzin.
Je me souviens du slogan sur ma banderole, du bruit des matraques s’écrasant sur mes mains.
Je me souviens.
j’entends aussi les voix parfois les voix qui jaillissent comme des vagues par-dessus le parapet d’un pont qui déchirent un instant le grondement des voitures qui retombent qui se brisent je suis
Huit ans, le 24 octobre.
Trois ans et onze mois.
Neuf mois et des poussières.
Quelques semaines.
Je ne sais plus bien.
fatigué(e) ce soir j’ai du mal à les suivre ces voix de toutes façons elles ne s’adressent pas à moi elles s’adressent au vent qui les dissout qui les éparpille comme il est
Je suis venu parce que j’ai eu besoin de prendre mes distances, de fuir, notre amour me semblait si étouffant, parfois… et puis j’ai eu cette opportunité… j’ai sauté le pas…
Je suis venue travailler comme une chienne pour envoyer de l’argent, tous les mois.
Je suis venue avec lui, il m’a quittée, je suis restée. J’ai avorté.
Je suis venu parce qu’on m’a dit qu’ici c’était le Paradis.
Je suis venu parce qu’on m’a promis, sinon, de m’écorcher vif.
froid ce vent je relève mon col je serre les poings dans mes poches je – oh pardon pardon madame – ses yeux traversent les miens elle hausse les épaules elle me contourne plonge dans le fleuve des dos qui s’éloigne de moi alors moi je me retourne je préfère encore le fleuve des visages 1440 visages par minute et toutes ces affiches ces vitrines ces kiosques à journaux qui me décochent leurs mots à bout
J’ai un visa d’expatrié, la boîte a tout réglé.
J’ai une vignette sur mon passeport à renouveler à la préfecture tous les ans.
J’ai un récépissé « constatant le dépôt d’une demande de statut de réfugié ».
J’ai une carte de métro, en règle.
portant ils me font mal ces mots ils me harcèlent ils me questionnent : « D’où viens-tu, toi ? Pourquoi est-ce que tu ne nous comprends pas ? Fais un effort enfin ce n’est pas compliqué ! Combien de temps faudra-t-il encore te parler comme à un nouveau-né ? » moi je ne réponds pas
J’arrive à me débrouiller, je fais quelques ménages pour des particuliers.
Je fais de l’audit pour une banque. L’équipe est jeune, « internationale ». On boit quelquefois des verres ensemble. Tout le monde parle anglais, plutôt bien.
Je voulais m’inscrire à la fac, en attendant, mais ils n’ont pas reconnu mes diplômes… Alors j’occupe le temps, je vois des gars du pays, je noue quelques contacts…
Je m’occupe des enfants d’une autre, 10 heures par jour. Elle n’a pas le temps.
J’ai travaillé sur un chantier. Je me suis blessé. Depuis, je ne fais plus rien.
je me tais ça je sais ici j’ai appris à me taire en deux langues à garder mes pensées mes souvenirs pour moi mes regrets mes chansons mes histoires drôles tristes ce soir je ne sais pas pourquoi je me sens bizarre encore
J’ai signé pour deux ans. Mais… comment dire… Coney Island me manque... On m’a laissé entendre qu’on accepterait de me reprendre, peut-être, d’ici quelques mois…
Cinq ans. Cinq ans et j’aurai économisé de quoi racheter là-bas une épicerie de quartier et une maison plus grande, pour les gosses.
Parfois, je me dis que je devrais y retourner pour voir ma mère et mes sœurs… Mais je n’ose pas, j’ai peur qu’elles ne comprennent pas. Et puis ici j’ai goûté à la liberté. Je crois que je peux exister, toute seule.
J’écoute RFI toute la journée. Il paraît que les étudiants sont à nouveau mobilisés. Si seulement l’armée… Qui sait ? Il se pourrait que je sois bientôt de retour…
Un type que j’ai rencontré me bassine avec l’Angleterre… Mais moi j’y suis déjà allé, à Calais ! Je me suis fait refouler de la zone des camions, il pleuvait, j’ai passé trois nuits avec des Kurdes dans un bunker…
plus étranger alors voilà je continue à parler pour moi juste pour moi dans la langue de mon choix dans une ou deux ou trois langues réelles ou imaginaires je remonte le fleuve des visages 1440 visages par minute je suis j’étais je suis pour ne pas oublier je me souviens
jeudi 18 janvier 2007
Toi et moi
1
– avec un « h », comme dans "hourra ! "… Houda est la nouvelle assistante… » Là-dessus, la fille, le gars, j’oublie les noms à peine ils les donnent, bêlent un : « Bonjour Houda… Bienvenue parmi nous »… nous… comme si je rejoignais une secte… Heureusement, c’est bientôt fini. Plus que quelques bureaux et je pourrai… « Vincent, bonjour, bonjour, voilà… Je te présente Houda… Avec un « h », comme dans « hourra ! »… Houda est la nouvelle assistante…» Bon… bon… Fais voir à quoi tu ressembles, toi… Houlà, t’es tombé du lit, mon gars, t’as l’air bien à la masse… T’as fait la teuf la nuit dernière ou quoi ? En tout cas, j’aime pas comme tu m’mates… Les autres gars, ils m’ont maté les seins, je dis pas, mais toi tu m'mates au fond des yeux… Kestu m’veux ?
2
3
jeudi 11 janvier 2007
Ombres
Elles sortent des placards, des coffres, des tiroirs,du derrière des armoires, du dessous des sommiers...
Elles remontent des caves. Descendent des greniers.
Elles sont parmi nous ce soir !
Elles vident sans crier gare les boîtes
de nuit, les bars, les gares et les hangars,
les barres désaffectées...
Là, ici, juste sous notre nez !
Elles se glissent hors des isoloirs, des parloirs, du mitard,
du désert des Tartares,
des fourgons policiers...
Elles évacuent l'habitacle des chars, le fût des vieilles pétoires,
le revers des brassards,
les tombes, les charniers...
Tellement proches... On pourrait les toucher !
Elles émigrent en nuées noires d'Antarès, d'Alphar,
d'Orion, de Cassiopée...
Elles retombent sur Terre au hasard, pluies de cendres d'Icare,
elles abandonnent les stars
déchues
à leur morne clarté
Elles murmurent... Que peuvent-elles comploter ?
Elles nous quittent, elles larguent les amarres
de nos corps bavards,
si vite essoufflés ;
elles renoncent à renflouer nos parts
manquantes : autour du coeur,
entre nos doigts de pied
Elles avancent... nous poussent de côté...
Enfin libres, elles fêtent sans retard leur joyeux désespoir ;
elles tentent - en vain -
de s'embrasser ;
elles s'agglomèrent - black out ! fondu au noir - je ne peux plus rien voir
elles recouvrent tout mon papier
