mercredi 6 décembre 2006

Flibustiers de la rame (16)

Ligne 6 (Boissière – Trocadéro)


Où ça ?

Ah oui… là, devant… agrippé au « pilier » central… Comment ? Comment qu’il dit qu’il s’appelle ?

Michel ?

Non, non, j’ai pas capté… Sa voix est bien trop faible… et ce… wagon qui grince, dans les tournants…… !!

En tout cas, il est propre… lui… (Henri ?) Bien rassurant : petit, blanc, la quarantaine… rasé avec soin… des pattes d’oie sous les lunettes… une besace de toile verte… qui lui donne l’air… d’un vieil étudiant… d’un bibliothécaire… d’un employé des Postes… collectionneur de timbres… ou bien de cerfs-volants…

Qu’est-ce… Qu’est-ce qu’il dit ? Ah non, c’est agaçant ! Il pourrait faire un effort, parler plus fort, projeter sa voix… (François?)

Tu me diras… On la connaît, sa ritournelle… On connaît les paroles, en gros la mélodie…

Oui… mais y’a le jeu de scène… la touche personnelle…

Ils ont chacun leur style, tu vois… leur registre… leur petite palette de sentiments…

La pitié, à elle seule, c’est rarement suffisant… Il faut un peu de dégoût, de menace implicite, de peur, de culpabilité… Faut du spectacle enfin ! D’ailleurs c’est tout ce qu’ils ont à offrir… à nous vendre… On y a droit !

Mais lui, là… rien de tout ça… Il est… terne…

Il n’a aucun sens du public… Tiens, regarde-le, là… Il lâche son pilier, enfin, il prend son envol… mais le métro est presque arrivé…

Les gens se lèvent… le bousculent… Lui, il s’efface, il s’aplatit… Il attend que tout le monde soit parti…

… pour traverser la rame à toute vitesse, sans jamais lever les yeux vers les rares mains tendues…

qui n’insistent pas… qui retombent…


Tant pis pour lui. On va quand même pas lui courir après !

Faudra bien pourtant qu’il apprenne… (Étienne ?)





Aucun commentaire: