
Hum…
Hum hum !
Pardon… Je ne voulais pas vous effrayer…
Vous ne m’avez pas entendu arriver ? Bien sûr… Avec ce vent !
En tout cas, grâce à lui, le ciel est bien dégagé… Regardez comme on voit les côtes d’Angleterre !
Non… non… En face, c’est Folkestone… Douvres, c’est plus à gauche, voyez… Et là-bas, au fond, c’est Margate…
Vous n’êtes pas d’ici, vous… Attendez… laissez-moi deviner…
Vous êtes… parisien… je dirais même… des Hauts-de-Seine…
Ha ! Ha ! Rassurez-vous… Non, je ne suis pas sorcier… Ha ! Ha! Mon jeune ami… si vous pouviez voir votre tête !... La plaque ! La plaque de votre voiture, là-bas, au bout du sentier ! Oui… oui… Je le vois bien que vous êtes mal réveillé… Quelle idée, aussi, de partir de si bon matin en goguette…
Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? Ah ! Ce vent !
Vous… vous aviez besoin d’air ?
Eh bien, voilà… servez-vous ! Empiffrez-vous ! Respirez à en perdre haleine… L’air est si bon, ici, en haut de la falaise… Un peu vif, c’est vrai, mais tellement… revigorant… on oublie tout, ici, ça vous lave l’âme et l’esprit… C’est… c’est…
Moi ? Je fais mon petit tour, tranquille … Je suis l’indigène… Le «gars du coin»… J’habite juste à côté, là-bas, voyez ? la maison blanche avec les vol… Ha ! Vous avez raison… « La maison » suffit amplement… Ici, pas de voisin gênant… juste les goélands... et puis quelques «garennes»…
Si je vis seul ? Comment avez-vous deviné ? « On » ne me laisserait pas sortir, si tôt… habillé comme « ça » ? Ha ! Ha ! Bravo ! Elle est bien bonne… Ma femme aurait apprécié.
Oui… oui… hélas ! Il y a presque quinze ans… Un stupide accident…
Et vous, « on » vous a laissé sortir, pas vrai ? « On » est bien conciliant… « On » vous attend au chaud, en bas, au motel ?
Allons… allons… ne faites pas l’étonné… Je vous ai vus, hier soir… Sur le parking… en face de l’entrée… J’allais poster mon courrier… Non… non… bien sûr, vous ne m’avez pas remarqué… Vous aviez tous les deux la tête ailleurs… Vous sembliez, comment dire, très passionnés… mélodramatiques, même… Des amoureux comme vous, ici, en cette saison… Forcément… ça dénote…
Quoi ? Quoi ? Vous partez déjà ?! Mon Dieu ! Je vous ennuie ! C’est tout moi, ça, j’ennuie les gens… alors même que je ne songe qu’à les aider…
… qu’à tenter de les mettre en garde !
Oui… oui… C’est ça… c’est ça, revenez… Je le savais… Vous êtes plus avisé que vous n’en avez l’air.
Tenez ! « On » a oublié ça sur le sentier. Ça a du tomber de son cou quand vous la traîniez, quand vous tiriez son corps par les pieds… Jusqu’ici… tout au bord…
Tsss… tsss… Laissez donc ce caillou là où il est… N’y pensez même pas… J’ai beau être un ancien, je suis plus fort que vous et… j’ai ma canne…
Ce que je veux ? Mais rien du tout… Oui… Oui, vous pouvez « y aller »… Non, rassurez-vous… J’ai déjà presque oublié, à vrai dire…
Le vent ! Le vent ! Souvenez-vous ! Il efface tout, il nettoie tout ! Le vent, notre ami fidèle !
Partez, maintenant.
Partez. Rentrez chez vous.
Saoulez-vous la gueule un bon coup.
Profitez de votre maison vide.
Repassez ici, à l’occasion…
Mais par pitié, brûlez-moi ce veston…
Vous avez une vilaine tache, derrière…

1 commentaire:
argh. J'adore.
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