
Mêmes changements subits pour le motif des dalles et pour les boîtes aux lettres au métal cabossé. Perrier, Jacob, Hulot, Rafi… Mais quels étaient ces noms ? Quid de Deobankhar, de Levesque, de Bernier ? Et lui, où était-il ? Quelle case était la sienne ? Archambaud ? Gara ? Petit ? Negrovergne ? « Ah, jeune homme, vous tombez à pic… », gouailla une voix épaisse qu’il aurait juré 100 % poulbot. Un vieux gars rubicond, au tee-shirt explicite (un bull-dog renfrogné, « M’énerve pas ! » en sous-titre), lui tendait un grand paquet cartonné. « Tenez, c’est d’la part du facteur… Drôle de timbre, z’avez vu… Ca vient pas d’ici, ça s’est sûr… Dites donc, ça serait-y pas des revues cochonnes… Y’a pas de honte, entre nous, allez… » Mais il n’écoutait pas, il épluchait l’enveloppe – son nouveau nom ne lui disait rien, il le trouvait balourd, pompier - et jetait les lambeaux à ses pieds. « Ben faut pas vous gêner, c’est qui qui balaie… ma pomme », marmonna le gardien, écoeuré. Craaac ! Ca y est, le scotch cédait, plus qu’une petite couche de ces conneries de bulles qu’il aimait d’ordinaire méthodiquement crever. Mais pas aujourd’hui. Il les jeta par terre, exhuma son colis… et se mit à sangloter.
« C’est bon… N’en jetez plus… Cette fois, la coupe est pleine… » Il pleurnichait, sans forces, accroupi face au mur, laissait courir ses doigts sur le carreau glacé. Il dessinait des ronds, des ovales, des ellipses, ignorant le gardien venu le consoler. « Ah ça, mon p’tit gars, qu’est-ce qui se passe ? C’est l’amour, hein ? Y’a pas, les peines de cœur, c’est rude à avaler… C’est une femme, hein mon gars ? Ah, les garces, ça c’est sûr, y’a qu’elles pour faire chialer… » Le vieux paternalisait à outrance tout en tordant les yeux pour apercevoir le paquet et son mystérieux contenu. Assez ! Il se leva d’un coup, assécha ses paupières, étreignant son colis comme un oiseau blessé. Il lui restait une chose à faire, une dernière vérification, avant de s’incliner. « Où c’est que vous allez comme ça ? Venez donc prendre un coup d’gnôle… Je vous expliquerai un peu ce qu’elles m’ont fait à moi… Comment qu’elles m’ont vidé, qu’elles m’ont rogné les ailes, qu’elles m’ont sucé la moelle et le porte-monnaie… » Levant bien haut le coude pour s’abriter des postillons du bonhomme, il s’éloigna vers la droite, du côté du bâtiment A, rez-de-chaussée.
« C’est bon… N’en jetez plus… Cette fois, la coupe est pleine… » Il pleurnichait, sans forces, accroupi face au mur, laissait courir ses doigts sur le carreau glacé. Il dessinait des ronds, des ovales, des ellipses, ignorant le gardien venu le consoler. « Ah ça, mon p’tit gars, qu’est-ce qui se passe ? C’est l’amour, hein ? Y’a pas, les peines de cœur, c’est rude à avaler… C’est une femme, hein mon gars ? Ah, les garces, ça c’est sûr, y’a qu’elles pour faire chialer… » Le vieux paternalisait à outrance tout en tordant les yeux pour apercevoir le paquet et son mystérieux contenu. Assez ! Il se leva d’un coup, assécha ses paupières, étreignant son colis comme un oiseau blessé. Il lui restait une chose à faire, une dernière vérification, avant de s’incliner. « Où c’est que vous allez comme ça ? Venez donc prendre un coup d’gnôle… Je vous expliquerai un peu ce qu’elles m’ont fait à moi… Comment qu’elles m’ont vidé, qu’elles m’ont rogné les ailes, qu’elles m’ont sucé la moelle et le porte-monnaie… » Levant bien haut le coude pour s’abriter des postillons du bonhomme, il s’éloigna vers la droite, du côté du bâtiment A, rez-de-chaussée.

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