Ligne 12 (Saint-Georges - Abbesses)
Ils entrent de mon côté de la rame. Me poussent joyeusement dans un coin. Ils sont deux, jeunes, du genre « tzigane » (Afghans ? Kurdes ? Albanais ? Roumains ?) : un « grand », costaud, avec un soupçon de barbe, un petit joufflu surexcité avec une casquette des NY Metropolitans.
Le grand plante devant lui son « chariot », un diable de métal sur lequel sont harnachés – au moyen d’adhésifs, de courroies, de ficelles – une baffle, un amplificateur, une petite boîte à rythme, un genre de tambourin.
Ils entrent de mon côté de la rame. Me poussent joyeusement dans un coin. Ils sont deux, jeunes, du genre « tzigane » (Afghans ? Kurdes ? Albanais ? Roumains ?) : un « grand », costaud, avec un soupçon de barbe, un petit joufflu surexcité avec une casquette des NY Metropolitans.
Le grand plante devant lui son « chariot », un diable de métal sur lequel sont harnachés – au moyen d’adhésifs, de courroies, de ficelles – une baffle, un amplificateur, une petite boîte à rythme, un genre de tambourin.
Le petit raccorde son micro au « sound system », tourne un curseur et libère un ÉNORME beat, une gigantesque poêlée de friture, où surnagent des violons synthétiques et un pipeau arabisant. Puis il embouche son micro « à la Tupac » et scande un truc qui pourrait ressembler à ça
Sa e vogel duket bota Edhe njerezit kaq te vegjel ngjajne Yo ! dhe shtepite ! Yo ! dhe shtepite !
si je comprenais le « tzigane » mâtiné d’amerloque.
Qe te gjithe femije, te rinj e pleq Si
dallon me asgje Yo ! Yo ! Si dallon me asgje
YO ! CAOME ON ! YO ! YO ! CAOME ON !
dallon me asgje Yo ! Yo ! Si dallon me asgje
YO ! CAOME ON ! YO ! YO ! CAOME ON !
Quel flow ! Le gamin sautille comme une mangouste, dresse les bras au ciel, cogne amicalement l’épaule d’un jeune skater du bout du poing, taquine une rouquine à lunettes dissimulée derrière son Monde Diplomatique qui nous promet de sombres lendemains.
Duken fjalet, xhelozite Humb e keqja e kesaj bote
Por je ti YO ! POR JE TI !
Ca y est, la rouquine se marre. Du coup c’est contagieux. On le trouve vachement sympa, le p’tit ménestrel. On se demande même un instant d’où il vient. Á quoi ça peut bien ressembler, «là-bas» ? On imagine la steppe, un véritable ciel…
Et puis le gamin coupe le son, met fin à nos rêveries, présente
FANK YOU !
FANK YOU VERY MUCH !

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