mardi 5 décembre 2006

Flibustiers de la rame (3)

Ligne 11 (Porte des Lilas - Télégraphe)


Elle entre, au milieu de la rame. Tout d’abord, on ne la remarque pas. Elle est minuscule mais elle a une voix stridente, une voix de souris mutante de dessin animé : nasillarde, enjouée, narquoise, un peu traînante… roulant les « r » au fond du palais… Une voix de la France d’avant, d’avant-guerre, d’avant elle (ou de ce qu’elle peut en imaginer).

Être aaaange / C'est étraaaange / Dit l'ange /

Être âââne / C'est étrâââne / Dit l'âne /

Cela ne veut rien diiiiiiiire…

Elle débite son texte assez vite, avec quelques effets : elle fait vibrer les graves, couine en changeant d’octave, écarquille les yeux (noirs, surlignés de noir, fixés quelque part de l’autre côté de la vitre, sur les murs brun merde des tunnels sur les néons livides qui filent de chaque côté).

… plus étrange qu'étraaaange/ Dit l'âne /

Étraaaaange est / Dit l'ange en tapant des pieds /

Étranger vous-même / Dit l'âââne /

Et il s'envole.


À la fin, elle fait une petite révérence - sans sourire - à son reflet.



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