mardi 5 décembre 2006

Flibustiers de la rame (6)

Ligne 5 (Chevaleret - Place d’Italie)


Deux clodos montent.

Le fond de la rame reflue, l’air de rien.

L’air de rien, les clodos s’installent, s’affalent sur des strapontins.

Pour l'instant, ils se taisent.

Le train s’ébranle. Tout le monde attend, fait le gros dos, murmure des sorts d’invisibilité… Quel est le malheureux… Qui va… «prendre» ?

Et puis on entend une courte sonnerie, un gimmick digitalisé de Jean-Louis Aubert ou de Raphaël.

Une jeune fille sursaute, au milieu du train. Elle commet l’erreur. Elle sort son portable.

Clodo 1 (blanc, bonnet, moustachu) Aah, aaaaaah ! Regardez-moi ça… comme ça ondule, comme ça virevolte… comme ça trimballe bien son petit cul ses petits seins…

Clodo 2 (noir, barbu, trifouille sa braguette) – Ah Ah Ah Ah Ah !

Quelques passagers lèvent la tête. Certains ricanent.

La jeune fille serre les genoux, rougit, réussit à sauver la face.

Clodo 1 – Ah Ah Ah ! Ça lit son texto… ça se demande si ce soir ça va se faire mettre en levrette ou bien si ça va se faire enculer…

Clodo 2 – Ah Ah Ah Ah Ah !

Clodo 1 – Peut-être bien les deux, hein, ça se demande, peut-être bien les deux… Deux plaisirs en un… enfin en quelque sorte…

Mais sais-tu CE QUE C’EST… LE PLAISIR… FILLETTE ?

Sais-tu seulement OÙ le chercher ?


Clodo 2 – Ah Ah Ah Ah Ah Ah !

Le métro arrive enfin en station. La jeune fille s’éclipse, blême. Certains la suivent, remontent plus loin. Les autres n’osent pas. D’autres voyageurs se pointent… reniflent, indécis.

Les clodos, toujours l’air de rien.

La sonnerie retentit. Les portes se referment.

Chacun regarde haineusement son voisin… À… À qui le tour ?

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