
Il mit un certain temps à digérer l’affaire. Ses yeux pochés cicatrisaient mais l’ego - et la raison - étaient bien ébranlés. Il appela au boulot, prit dix jours sabbatiques, se terra dans son trou comme un vieux scarabée. Il évitait le hall, ouvrait rarement sa porte, sauf aux pizzas, frites ou nems qu’il commandait sur le Web et qu’il bâfrait tout seul, tout froids, au pieu.
Une étape majeure de sa convalescence, espoir de renaissance, répit dans sa folie, fut certainement la crémation du cadastre. Un moment délicat aux allures de rite (il se rasa la tête pour l’occasion et répandit les cendres aux quatre coins de son antre) dont il estima sortir plus fort, plus sage, purifié. « Tu vas mieux, c’est certain », fit sa mère en visite, « mais pourquoi ce gourdin, cette bombe lacrymogène ? Pourquoi ces planches clouées au travers des persiennes ? » Il ne répondait pas, il dessinait des masques, il triturait sa pipe, son briquet, sa blague de tabac gris. Internaute averti, il s’était fait livrer un « coffret du fumeur » et possédait l’ardeur des nouveaux convertis. Migraines, sudation et appétit en berne… ses premières incursions au pays de la nicotine n’étaient pas très joyeuses, mais il persévérait. La drôle de petite voix flûtée qui squattait son cerveau depuis peu lui disait que c’était nécessaire. Qu’il comprendrait un jour, que tout était lié.
Et puis un jour, comme ça, au réveil, il sut que le moment était venu, que quelque chose venait de se déclencher. Il alla chercher des tenailles, arracha les planches et écarta ses fenêtres. Quel beau début de journée ! Les rayons du matin enduisaient les pavés d’une fine couche de miel sur laquelle rampaient d’étranges fourmis… Les mégots… Il sourit, presque ému soudain par leur constance, leur fidélité et fit un pas dehors pour mieux les contempler. Combien y en avait-il cette fois ? Trente, quarante à vue de nez, étirés en longue file, ici les éclaireurs et là-bas l’arrière garde, juste sous le vol…
Tiens, tiens… C’était donc ça… Le volet était grand ouvert et les rideaux dansaient mollement au vent comme pour l’appeler. Il traversa la cour, jeta un œil en l’air – aucune tête indiscrète, juste un sac en plastique qui volait, là, ballotté par l’air chaud – et sans plus attendre enjamba le rebord, avec la sensation de franchir une frontière inconnue.
Une étape majeure de sa convalescence, espoir de renaissance, répit dans sa folie, fut certainement la crémation du cadastre. Un moment délicat aux allures de rite (il se rasa la tête pour l’occasion et répandit les cendres aux quatre coins de son antre) dont il estima sortir plus fort, plus sage, purifié. « Tu vas mieux, c’est certain », fit sa mère en visite, « mais pourquoi ce gourdin, cette bombe lacrymogène ? Pourquoi ces planches clouées au travers des persiennes ? » Il ne répondait pas, il dessinait des masques, il triturait sa pipe, son briquet, sa blague de tabac gris. Internaute averti, il s’était fait livrer un « coffret du fumeur » et possédait l’ardeur des nouveaux convertis. Migraines, sudation et appétit en berne… ses premières incursions au pays de la nicotine n’étaient pas très joyeuses, mais il persévérait. La drôle de petite voix flûtée qui squattait son cerveau depuis peu lui disait que c’était nécessaire. Qu’il comprendrait un jour, que tout était lié.
Et puis un jour, comme ça, au réveil, il sut que le moment était venu, que quelque chose venait de se déclencher. Il alla chercher des tenailles, arracha les planches et écarta ses fenêtres. Quel beau début de journée ! Les rayons du matin enduisaient les pavés d’une fine couche de miel sur laquelle rampaient d’étranges fourmis… Les mégots… Il sourit, presque ému soudain par leur constance, leur fidélité et fit un pas dehors pour mieux les contempler. Combien y en avait-il cette fois ? Trente, quarante à vue de nez, étirés en longue file, ici les éclaireurs et là-bas l’arrière garde, juste sous le vol…
Tiens, tiens… C’était donc ça… Le volet était grand ouvert et les rideaux dansaient mollement au vent comme pour l’appeler. Il traversa la cour, jeta un œil en l’air – aucune tête indiscrète, juste un sac en plastique qui volait, là, ballotté par l’air chaud – et sans plus attendre enjamba le rebord, avec la sensation de franchir une frontière inconnue.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire